Heima
C’est toujours un peu étrange de voir comme ce qui se passe loin de toi peut te toucher comme si c’était là. Quelque-chose qui n’a aucune réalité, avec quoi tu n’as aucun contact, et pourtant qui prend lieu en toi. Quelque-chose qui passe juste et qui t’habite, une espèce d’apparition. Une musique, une image … C’est toujours un peu étrange de la sentir dans l’instant et de la savoir partie à la seconde qui suit. Dans l’idéal, la plus belle chanson du monde durerait une vie entière. Heureusement que c’est faux.
Tout ça se passe loin. De l’autre côté d’une mer, et puis d’une autre encore. Bien sûr, tu diras que c’est à cinq heures de vol. Tu peux même trouver un billet à 300 euros sur Icelandair, et si tu prévois de quoi, tu peux toujours essayer d’y rester quelque temps. Mais qui ira vraiment dire que cette île est proche ? Rien à voir avec des vacances. L’Islande n’existe pas.
Tout ça n’a rien à voir avec nous. C’est une affaire de glace et de volcans, de geysers et de roches, de lacs… Des petits blonds qui sourient, des vieux qui écoutent du rock, des visages parfaits, des yeux bleus partout, et la mer autour qui s’épand comme une voix. On en dira ce qu’on voudra, rien de tout ça ne nous concerne. La terre, l’air, les puissances n’ont plus rien à nous dire.
Si tu prends ton billet, tu pourras camper un peu, grignoter du poisson, ça te fera des souvenirs, quelques clichés pour la famille, toi devant un lac, toi devant un amas de pierres, le ciel. Mais personne ici ne comprendra ce que tu as vu. Et là-bas non plus t’auras pas su quoi dire : sur 300 000 personnes, pas une seule dont tu comprennes l’accent.
Et par hasard, tu seras tombé sur une foule en plein milieu d’un champ. Une espèce de procession. Peut-être que tu les auras suivis pendant un kilomètre, et puis tu les auras vus s’arrêter un peu nulle part, entre quelques arbres ou sur un monticule de pierres ou même devant une vieille baraque, défoncée et vide. Et là, devant quelques cordes, un piano et un vieux xylophone qui n’a rien à faire là, si tu y avais été, là, devant une batterie recouverte d’une serviette, tu aurais trouvé au moins quatre personnes dont tu aurais compris l’accent. Entre l’aller et le retour, en plein milieu d’un séjour trop court qui ne t’aurait délivré que des images impossibles à transmettre, pendant peut-être une heure ou plus, tu aurais eu la sensation de comprendre vraiment de quoi il s’agit. De quoi ça parle tout ça, qu’est-ce que ça dit. Tu aurais entendu des voix sans langue qui chantent ce que les puissances n’ont pas montré.
Le temps d’un son, tu aurais même pu croire que c’est ici que tu as toujours vécu.
Et puis, sans vraiment l’avoir décidé, tu serais rentré. Comme Popplagiò, les choses auront monté, explosé et disparu. Avant même d’être monté dans l’avion ou d’être rentré chez toi, tu aurais senti la fin, tu aurais commencé à comprendre que tout ça n’est qu’une parenthèse, que ça n’existe pas ; tout ça n’a rien à voir avec toi.
Tu aurais fait cinq heures de vol de plus pour te retrouver enfin dans le vrai monde. Hamburger, métro, fissures béton, masturbation sale. La vraie tension, celle qui nous permet de pousser plus loin. Peut-être qu’une fois chez toi, tu y aurais repensé. Probable même ; tu te serais allongé sans force et tu te serais dit que c’est toujours un peu étrange de sentir en soi une voix qui vient d’ailleurs. Et de la voir rester en mémoire, comme si elle était réelle.
Sigur Ròs - Refur
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Sigur Ròs - Odin’s Raven Magic Chapter 3
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Sigur Ròs - Untitled 8 (Popplagiò)
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