Y a plus d’maitre ici, plus d’MC

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Tous les journalistes hip hop nous ont soûlé pendant des années avec le déclin de NY: “la grosse pomme n’a plus de roi, mais qui reprendra la couronne laissée par Biggie ?”… etc ce genre de conneries. Aujourd’hui, le rap de Jay-Z est tel qu’il nous fait regretter sa période chemise hawaienne et “big pimpin”, Nas nous rajoute une couche de “hip hop is dead”, Mobb Deep fait de la merde sans faire les dollars qui devaient aller avec, Mos Def nous emmerde avec son rap politique made in “nation of islam” et 50 cent fait rire (un peu): torse huilé et rap de pute. Ok. L’innovation vient de l’Ouest (hyphy…), du Sud (… trop de noms), de Chicago (Diverse, Gallapagos…), de Baltimore, du Nebraska ou d’Anchorage si vous voulez mais la relève de NY fait pitié (PAPOOSE merde). NY ne contrôle plus le mainstream, la mecque du hip hop… ouai bof, elle pue la weed, y a du saucisson dans la madrassa quoi !

En France, c’est le bonheur. Quand tu dis à un mec que t’écoutes du hip hop il te parle de Grand Corps Malade… Ce rap sponso france-inter/télérama fait chier, comme IAM du temps où la télé s’extasiait en découvrant des rappeurs qui ne faisaient pas (trop) de fautes de français. Le rap est devenu un truc de classe moyenne. Cela dit, heureusement sinon je n’en aurais pas écouté. Je me souviens d’une interview de Doc Gynéco suite au passage d’Harlem (mais si le “rapper” blanc et gentil) à la Star Ac, il était heureux: “le rap n’est plus réservé aux racailles et aux bourgeois cultivés, j’ai atteint mon but”. Le rap ne fait plus peur, il est devenu banal comme des vacances au camping. Même les politiques l’utilisent pour avoir l’air proche des gens “normaux”, enfin “moyens”, enfin de tout le monde quoi. Quand Télérama l’interroge sur ses goûts musicaux, Ségolène Royal répond (en différé mais vous connaissez l’histoire) … Diam’s. Sarkozy s’entoure de Doc Gynéco (le plan de merde) et passe sur Skyrock dans l’émission de Difool (Royal et Bayrou devraient suivre). OK.

C’est logique, ça fait partie du jeu, tous les styles se sont fait “récupérer” en se démocratisant et blablabla… vos gueules. Merci, je sais. Et c’est une bonne chose, parce que le rap boom-bap avec une boucle de piano, une réplique de Scarface (en VF) entre deux scratch, et une dénonciation de la colonisation, ça allait quand on avait 10 ans; surtout parce que ça faisait peur à nos mères: elles pensaient qu’en écoutant ça on allait tagger les murs de la mairie en fumant du “shit”. C’était drôle, enfin un peu, et puis c’était y a longtemps. A cette époque le rap nous fascinait parce qu’il sentait le souffre, il faisait peur. Tes parents ne comprenaient rien en voyant gesticuler des “sauvages sur une musique qui fait boum-boum”, comme les leurs avant eux vis à vis du rock dans les 60’s. Aujourd’hui, il est devenu, disons plus “consensuel”, donc on écoute des manouches/mafias africaines limite talibans pour compenser, pour retrouver des “sensations”. Là au moins les gens ont des raisons de flipper. Sans le “ghetto rap” le hip hop finirait par devenir une matière universitaire (KRS-1 donne bien des conférences à Princeton): ridicule. Bref, “y a plus de maitre ici, plus d’MC” mais on s’en branle. Tu fous ton Ipod sur “shuffle”, tu tombes sur un truc inconnu du fin fond du Yorkshire ou sur le dernier Timbaland, et tu danses comme Arthur(SB) après un Barathon: en fermant les yeux. Tu allumes ta T.V, tu zappes et tu tombes sur José Bové ou sur Ségo/Sarko: déjà tu rigoles et puis tu fermes les yeux, normal. Non, je déconne… en fait non, enfin oui mais non. “Génération non, non” ? Génération ta gueule. Génération ? Ta gueule.

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